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Un cyclone prénommé Gustav - du 11-09-2008 - Écrit par Sophie REBOURS
                                                                                                          

Lettre, Témoignage de la Famille Regnard

(Damien Regnard, Président de UFE Louisiane)

 

Chère famille et chers amis,

En cette fin d’Août 2008, s’annonce le troisième anniversaire de Katrina. Bertille, mon épouse, Antoine et Amaury deux de mes fils, rentrent de France le Mercredi 27 Août dans la soirée.

Cela fait déjà 24 heures que Charles (mon ainé) et moi-même avons les yeux sur Gustav qui s’annonce dans le Golfe du Mexique, et en ce mercredi soir, le Gouverneur vient de déclarer l’état d’urgence.

Jeudi 28 août,

Les enfants reprennent le chemin de l’école. Bertille récupère, prend des nouvelles du quartier, il fait très beau et assez chaud. Je commence à réfléchir aux alternatives, et une évacuation chez nos amis de Lafayette est hors de question car ils sont également dans la trajectoire de Gustav.

Le maire annonce le début des opérations d’évacuation volontaire. Personnes âgées et médicalement assistées sont transférées dans des zones plus sûres. Gustav maintient le cap, et devient un cyclone de catégorie 4 (sur les 5) avec des vents supérieurs à 250 km/h.

On commence à voir pas mal d’agitation en fin d’après midi, les stations services et les distributeurs de billets sont très sollicités. Je fait le plein de la voiture et remplit 4 containers d’essence, Bertille passe à la banque, et le soir, nous nous retrouvons tous autour de la télévision qui ne parle plus que de Gustav. Les ordinateurs sont branchés sur le National Hurricane Center et la radio. L’anniversaire de Katrina qui doit avoir lieu le lendemain vendredi n’est mentionné nulle part.

Le président Georges W.Bush déclare la Louisiane en état d’urgence.

Après une assez longue discussion, nous décidons de rester et d’affronter Gustav. Les enfants vont en classe le vendredi, nous nous couchons après avoir fait une première check list de ce dont nous allions avoir besoin et essayons de dormir le plus possible avant les événements à venir. .

Vendredi 29 Août 2008,

Troisième anniversaire de Katrina. Il est symboliquement important car un monument funéraire doit être inauguré pour que les 80 corps non réclamés après le cyclone Katrina puissent enfin trouver le repos. Ces quelques images seront à peu près les seules que nous verrons de ce triste anniversaire.

La tension est montée d’un cran. Notre générateur (acheté après Katrina) est en rade chez un mécanicien et je me lance à la recherche d’un générateur chez les uns et les autres, mais sans succès….

Nos travaux ne sont pas terminés. Nous avons des toilettes portables et une benne importante devant la maison. Il nous reste des finitions, peintures, moquette, un peu de plomberie à terminer, mais depuis plusieurs jours nos ouvriers ne viennent plus, car ils sont sur des chantiers qui nécessitent des mesures plus urgentes. Nous insistons cependant fortement pour que toute les dispositions soient prises pour que les toilettes et la benne soient parfaitement sécurisées.

Je suis chef d’îlot pour la communauté française et envoie un message à nos compatriotes du quartier. Nous testons le téléphone satellitaire fourni par le Consulat, et faisons un point avec notre Consul qui a priori devrait rester. Nous avons la chance d’avoir un Consul Général calme, mobilisateur et réactif.

Je pars faire les premières courses d’urgence, avant que tout ne soit dévalisé : victuailles, eau, piles, rallonges, prises multiples, réchaud à gaz, charbon de bois pour le BBQ, etc…

Dans l’après midi, notre chef de chantier sécurise la benne et les toilettes avec de grosses sangles. Je lui fait part de ma préoccupation de rester sans générateur et il offre gentiment de nous en prêter un vieux qu’il a sur un autre chantier. Je suis rassuré.

Ce vendredi soir, c’est décidé, nous resterons. Le cyclone ne doit pas « taper » avant très tôt lundi matin, nous avons le temps de nous préparer.

Notre chef de chantier qui est interviewé par une chaîne de télévision locale à la recherche de personnes ayant décidé de rester, l’envoie chez nous et nous avons notre premier passage à la télévision aux informations de 18 heures.

Nous sommes à la Nouvelle Orléans, dans une rue de 12 maisons dont dix occupées depuis Katrina, avec une excellente ambiance. Nous décidons de nous retrouver pour une dernière soirée ensemble avant l’évacuation. Nous sommes 14 à la maison et parlons de nos plans divers autour d’un verre. Tous un peu tristes, nous nous séparons vers minuit.

Samedi 30 Août,

Nous nous levons tôt et allumons télévision et radio.

C’est confirmé, GUSTAV vient tout droit sur la Louisiane et passera très près de la Nouvelle Orléans, lundi matin.

Je vérifie le générateur et réalise que le réservoir est vide… Je prends donc un des jerricanes remplis quarante huit heures auparavant, et le vide….il faut absolument trouver de l’essence rapidement avant que toutes les stations soient dévalisées. Les deux premières stations services ressemblent à la place de l’Etoile le 14 juillet au soir, impossible même de s’en rapprocher. Les 2 suivantes sont fermées pour cause de rupture de stock. Je m’inquiète puis finalement trouve une station un peu en retrait. Je suis de retour deux heures après….mais soulagé; nous devrions avoir de quoi tenir environ 5 jours sans électricité.

Bertille et les enfants pendant ce temps préparent la maison, rangent tout ce qui peut voler dans le jardin (chaises, pot de fleurs, parasol, matériel de piscine, etc…).

L’évacuation bat son plein, rien à voir avec Katrina… 2900 militaires arrivent en renfort, 17 points de ramassage dans la ville de la Nouvelle Orléans, les gens sont dirigés vers la gare routière et ferroviaire, et sont envoyés à Memphis dans le Tennessee ou dans le nord de la Louisiane. Les autorités de la ville, de la Louisiane et de l’Etat Fédéral font preuve d’une bonne organisation et coordination. Des bouchons importants commencent à se former sur les autoroutes, la zone qui risque d’être touchée par Gustav est importante, et en tout, plus de 1.9 millions de personnes vont évacuer. Un record !

Le stress et l’inquiétude augmentent. Je suis déjà sollicité par les médias canadiens tout contents de trouver un francophone pour leur décrire la situation.

Quelques radios françaises téléphonent pour un point de la situation. Nous sommes également contactés par un reporter de l’agence CAPA qui souhaite venir passer les prochaines 72heures à la maison pour filmer une famille se préparant et traversant le passage du cyclone. Nous hésitons. Est-ce le moment d’avoir une personne de plus dans la maison ? Puis nous décidons que cela serait une expérience et un divertissement pour les enfants qui commencent à se demander si avec tout ce qui se dit à la télévision, on ne ferait pas mieux de partir…. La rue et tout le quartier sont vides.

Nous nous couchons exténués, sachant que les deux prochaines nuits seront très courtes. Gustav n’a pas changé de direction ni de puissance…

Dimanche 31 août,

Je me lève très tôt et passe récupérer chez des amis en train d’évacuer, un ventilateur de plus, une tronçonneuse plus importante que la notre et des grandes bâches pour mettre sur le toit au cas où.

Le reporter arrive.

Le Maire déclare que Gustav va être la tempête du siècle et le catastrophisme et la surenchère des élus locaux commencent. Ca marche… les quelques personnes qui souhaitaient rester s’en vont et notre dose de stress augmente fortement. Notre dernier voisin s’en va, nous sommes seuls dans la rue. Les médias français et canadiens nous contactent régulièrement.

En fin d’après midi, les vitres ont été sécurisées, le générateur positionné et sécurisé, et les rallonges mises en place et prêtes à être connectées.

Dans notre salon qui est en fin de chantier et qui est surélevé, nous mettons tout notre matériel d’urgence: tronçonneuse, hache et masse, un compresseur et le pistolet à clous qui va avec, les ventilateurs, les gilets de sauvetages et j’installe mon « PC de crise » sur une table, avec téléphone portable et satellitaire, l’ordinateur portable avec les cartes accès Internet, les numéros d’urgences, appareil photo, les papiers importants de la maison. Le tout est prêt à être branché sur le générateur. Accessibles, nous avons les lampes de poches, avec piles neuves et les bougies.

Dimanche en fin d’après midi, nous avons une première visite d’une chaîne française de télévision pour le journal de 13h de lundi en France. Amaury, 10 ans, interviewé par le journaliste avoue qu’il a « un peu peur ». Nous essayons de rassurer tout le monde et refaisons les dernières vérifications, en évoquant ce qui peut arriver et les mesures à prendre pour chaque situation :

- Vents violents et débris partout, mettre les enfants à l’intérieur dans les couloirs loin des fenêtres.

- Toit arraché ou arbres sur la maison, se réfugier chez l’un des voisins

- Inondations et rupture des digues, monter à l’étage et essayer de sauver ce que l’on peut.

Vers 18h, nous voyons arriver les premières bandes de pluies violentes et des rafales de vent. Bertille qui promène le chien, ne sachant pas trop quand il pourra à nouveau sortir, revient trempée.

Nous dînons avec le reporter. Gustav se rapproche… a priori ce n’est « plus » qu’un catégorie 3, et la trajectoire est confirmée à environ 70 kilomètres à l’ouest de la Nouvelle Orléans. La télévision est allumée, trop tard pour évacuer, de toute manière nous ne l’évoquons plus. Nous nous couchons tard, le vent s’est levé.

Lundi 1er septembre,

 A 4h du matin, Gustav n’est plus très loin. Nous sommes réveillés par les alarmes des maisons qui viennent de perdre l’électricité. On entend le vent et la pluie mais il fait nuit noire et on ne voit pas grand-chose. Nous mettons la radio sur les ondes locales pour un point de la situation. Gustav doit passer sur la région en fin de matinée.

Les enfants se lèvent les uns après les autres, la tempête est vraiment là, mais le vent soutenu n’est pas aussi violent que prévu, on parle alors d’un ouragan catégorie 2. Cela étant, nous avons quand même des rafales à plus de 200 kilomètres à l’heure, et je garde les yeux sur les 2 chênes qui encadrent la maison.

En fin de matinée, le vent se calme un peu et une deuxième chaîne de télévision française arrive chez nous pour le journal de vingt heures. Nouvelle animation dans la maison! Les téléphones portables fonctionnent encore; on prévient les parents en France, qu’ils pourront nous retrouver sur le petit écran et que tout va bien.

Nous faisons un pique-nique rapide, je vérifie les niveaux du générateur, tout marche comme prévu, et nous avons la chance de voir passer un cyclone moins violent qu’annoncé.
A 14h, les rafales diminuent significativement et on se sent soulagé. Nous savons qu’après les vents, viennent d’importantes précipitations, cela n’arrivera pas avant mardi après midi.

Le téléphone de la maison est coupé, nos téléphones portables ne fonctionnent plus, nous nous sentons un peu coupés du monde.

Nous mettons le nez dehors vers 15h et commençons à nettoyer les feuilles et les branches tombées, et dégager les caniveaux. La première équipe de télévision qui était passée la veille arrive pour faire un suivi pour le journal de 13 heures. Charles est interviewé.
Vers 16h, nous nous rendons sur la digue proche de la maison avec le reporter de Capa, les dégâts sont minimes, l’eau du Lac Pontchartrain est montée à moins de deux mètres, mais déjà redescendue, il y a peu d’arbres par terre, les digues semblent avoir tenus, et les maisons dans notre quartier n’ont pas de dégâts.

Chez nous, tout va bien. La maison n'a pas souffert. Sans électricité, nous n’avons plus de climatisation et la température commence à augmenter. Nous avons un problème avec le générateur qui ne veut plus redémarrer. Après quelques heures et quelques réglages, il redémarre à notre grand soulagement.

Le dîner se fait rapidement au ventilateur et à la bougie. Nous sommes tous épuisés mais contents d’être chez nous et que tout se soit bien déroulé. A la radio, on parle de dégâts plus importants dans le sud-est de la Louisiane, mais la Nouvelle Orléans aura été épargnée du pire.

 Les medias sont déçus… mais pas nous !!!

Mardi 2 Septembre,

La nuit a été très courte, il fait plus de trente degrés dans les chambres. Nous passons la journée à nettoyer la rue et à déboucher les caniveaux. 

Mercredi 3 septembre, Nous sommes toujours sans électricité, il fait très chaud, les frigos sont branchés sur le générateur. La maison est inconfortable, les portes commencent à être difficile à ouvrir en raison de l’humidité, et l’odeur humidité commence à se répandre. Nous faisons tourner le générateur H24 et mettons 2 gros ventilateurs en permanence. Nos voisins nous téléphonent régulièrement, et nous recevons les instructions d’aller vider les frigos et congélateurs. Nous en ferons 4 en tout. Personne ne souhaite revivre l’expérience des frigos de Katrina! Vers 18h, nous avons l’électricité pendant … 25 secondes… On espère qu’elle va revenir. 

Jeudi 4 septembre Nous sommes épuisés. On a eu chaud toute la nuit. On ne comprend pas pourquoi nous n’avons toujours pas l’électricité car les quartiers autour l’ont récupérée. Un voisin médecin est rentré pour reprendre son service. Vers 13h, alors que nous sommes toujours en train de nettoyer et ranger, l’électricité revient enfin… pendant une heure. On téléphone à tous nos voisins pour leur annoncer la bonne nouvelle ! Puis 20min de coupures qui semblent éternelles, et enfin l’électricité pour de bon. On débranche le générateur, il nous restait encore de quoi tenir 48heures, et on range la maison.

 Nous avons perdu une grande semaine, et les enfants ont repris le chemin de l’école ce lundi 8 septembre. Nous restons vigilants car nous sommes au pic de la saison des cyclones. Ike doit rentrer dans le Golfe du Mexique le 10 septembre et semble se diriger vers le Texas, même si la Louisiane, Etat voisin, reste dans le cône d’incertitude.

. A tous bon courage pour la rentrée.

SEE YOU SOON !

Damien, Bertille, Charles, Antoine et Amaury REGNARD sans oublier notre chien Whisky !

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Dernière mise à jour: ( 28-10-2008 )
 
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