Suite au questionnaire que nous avons envoyé le 21 septembre dernier à l'ensemble des candidats à la primaire de la droite et du centre concernant leur vision des problématiques des Français de l'étranger, voici les réponses reçues à ce jour concernant l'enseignement français à l'étranger.

Les Questions de l'UFE

Au moment où les Français se rendent de plus en plus nombreux à l’étranger, où leurs communautés se multiplient et se diversifient, l’éducation de leurs enfants et le maintien d’un lien avec la culture et la langue françaises revêtent une importance primordiale.

Or la proportion d’enfants français à l’étranger qui ne sont pas scolarisés dans un établissement français dépasse actuellement les deux tiers. En sont exclus les enfants dont les familles ne parviennent plus à acquitter les droits de scolarité ou qui ne bénéficient pas de la présence d’une école française. L’objectif de gratuité de l’enseignement pour les Français à l’étranger a été abandonné. Ces évolutions mettent aussi en péril la situation financière de certains établissements d’enseignement qui manqueront des ressources correspondantes.

• Pensez-vous que le moment soit venu d’élaborer un projet éducatif global autour des besoins des communautés françaises et des intérêts de notre pays ?

• Quel devrait être, selon vous, le ou les modèles d’organisation et d’enseignement susceptible de répondre aux besoins d’aujourd’hui des communautés françaises expatriées ?

• Quelle devrait-être la part revenant aux familles dans le financement, la gestion, et les décisions relatives à l’enseignement à l’étranger ?

 

Jean-François Copé

L’éducation conditionne la sécurité et l’avenir de nos enfants. Permettre à tous nos jeunes d’accéder à des établissements scolaires français est donc une priorité. Il faut établir un projet éducatif global pour les jeunes Français de l’étranger et trouver notamment des solutions pour que les frais de scolarité ne soient pas un obstacle pour les familles à l’inscription de leurs enfants dans ces établissements. 
 
1. Contrôler les dépenses des établissements par le haut
 
La première action à mener est le contrôle des dépenses des établissements par le haut. Les frais de scolarité connaissent une inflation continue. L’AEFE doit donc être en capacité de contrôler ces frais. Je souhaiterais notamment faire dépendre le conventionnement des établissements du montant de leurs frais de scolarité et de leur maîtrise des coûts, en introduisant une clause financière contraignante dans la Charte pour l’enseignement français à l’étranger. Le non-respect de cette convention entraînerait une procédure de retrait de l’homologation de l’établissement.
 
2. Aider les familles à financer les frais de scolarité
 
Vient ensuite la question de l’aide aux frais de scolarité pour les familles, car tous ceux qui ont besoin d’aide ne sont pas forcément éligibles aux bourses, en particulier les ménages de classe moyenne. Je ne pense pas que remettre à l’ordre du jour la gratuité des frais de scolarité soit la solution optimale. Elle a eu un double effet négatif : l’explosion des coûts (+45% en moyenne) et la diminution voire la suppression de la prise en charge des frais par les entreprises. En 2011-2012, elle n’était plus alors que partielle. Il ne me semble pas que le changement des critères d’attribution des bourses résolve le problème car en 2012, seulement 8% de foyers ayant demandé une bourse ne l’avaient pas obtenue. 
 
Je préconise plutôt qu’un système de bourses adapté à la situation de chaque établissement soit créé. Serait constitué dans chaque établissement un fonds de solidarité, abondé par les familles à très hauts revenus (par exemple, par le calcul de la différence entre les coûts réels d’un enfant et les frais de scolarité payés) et reversé aux familles nécessiteuses. Ces bourses locales viendraient compléter le dispositif des bourses institué au niveau national. Plus largement, les partenariats avec les grands groupes internationaux français pour le financement de l’enseignement français à l’étranger doivent être encouragés et renforcés, par la création d’un fonds mondial qu’ils pourraient alimenter et de fondations au niveau local. 
 
3. Réduire la fracture éducative grâce à l’apprentissage
 
Réduire la fracture éducative appelle un mot-clé : l’apprentissage. Nous devons réaffirmer l’apprentissage comme une voie de réussite et d’excellence à part entière dans notre système éducatif, notamment au sein du réseau AEFE. Il est temps de prendre le taureau par les cornes, de redonner à l’apprentissage ses lettres de noblesse et de mener vers l’emploi des milliers de jeunes. Mes propositions sont concrètes pour l’ensemble du système éducatif (métropole ou enseignement français à l’étranger). Il s’agit notamment de placer la politique de l’apprentissage sous la responsabilité exclusive du ministère de l’Éducation nationale afin d’avoir un seul chef de file au niveau national. Je propose également qu’à partir de 14 ans au sein d’un même collège, la possibilité soit donnée de suivre un enseignement général allégé (une seule langue vivante par exemple), des cours de rattrapage sur le socle de compétences fondamentales, le tout complété par des enseignements « professionnalisants » afin de préparer une meilleure orientation vers l’apprentissage de ceux à qui cette voie correspondrait le mieux.
 
La priorité pour le réseau AEFE est que chaque établissement se crée un réseau d’entreprises locales qui travaillent en partenariat avec lui pour organiser l’apprentissage et la formation professionnelle. Car le projet éducatif pour s’adapter à la réalité sociologique de terrain doit être bâti à l’échelle locale. Pour ce faire, les chefs d’établissement doivent rencontrer de manière très régulière les chefs d’entreprise, les inclure dans la participation à la vie de l’établissement (notamment au sein du conseil d’administration) et conclure avec eux des accords financiers qui permettraient d’alimenter le budget apprentissage. Les ambassades et les Conseils consulaires doivent être des référents pour conseiller et orienter les établissements dans leurs démarches.
 

François Fillon

Cette question est essentielle. Je suis particulièrement attaché à ce que tout soit fait pour maintenir le lien de nos compatriotes à l’étranger avec leur pays, et ce lien passe bien sûr par la langue et la transmission à leurs enfants de la culture française. 

 
Nous devons considérer les dépenses d’enseignement comme un investissement stratégique : un investissement dans l’influence de la France dans le monde. Les élèves des lycées français à l’étranger comme ceux qui ont pu bénéficier d’un système bilingue dans leurs universités et écoles, où qu’elles soient, participeront demain à la promotion de notre culture. Les étudiants de nos grandes écoles et universités françaises contribuent à promouvoir l’excellence française lorsqu’ils travaillent à l’étranger et constituent un véritable relais de croissance pour la France.  
 
=> Je m’engagerai à ce qu’on améliore l’accueil post baccalauréat en France des enfants revenant de l’étranger : un portail numérique unique pourrait être créé sur le volet éducatif du retour en France, depuis le secondaire jusqu’au supérieur. 
 
=> Je souhaite également favoriser le développement d'établissements bilingues en France, afin de faciliter le retour vers le territoire national d'enfants ayant grandi dans un contexte multiculturel.
 
=> Je suis également favorable à l’élaboration d’un projet éducatif global sur les besoins des communautés françaises à l’étranger. Cela suppose un recensement des différents outils et nouvelles structures d’enseignement qui se créent, en lien avec les élus, ambassades et consulats, et relais « naturels » que sont les Instituts culturels et/ou réseaux des Alliances Françaises, les Chambres de Commerce à l’étranger, les associations FLAM et nos Conseillers au Commerce extérieur.
 
Dans un cadre budgétaire contraint et que l’actuel gouvernement a malheureusement aggravé, la question des frais de la scolarité, que soit pour le coût financé par l’Etat ou pour les parents qui en supportent de plus en plus la charge (les entreprises se retirant de l’aide directe à leurs salariés et les Français étant de moins en moins expatriés) restera dans les années à venir centrale. Nous ne reviendrons pas sur une gratuité de la prise en charge.
 
=> En revanche, je suis attaché à ne pas diminuer le budget global des bourses pour des questions d’équité sociale, et en gardant à l’esprit qu’un élève scolarisé à l’étranger coûte du point de vue national bien moins cher qu’un élève scolarisé en France.
 
=> Je serai particulièrement attentif à ce que l’on ne change pas régulièrement les critères d’attribution des bourses ni la façon de calculer leur montant. Il est particulièrement choquant que des familles qui inscrivent leur enfant en maternelle ou CP soient obligées de les sortir du système en cours de route pour des raisons financières, quand on connait toutes les difficultés auxquelles sont alors confrontés les enfants. Comme pour nos concitoyens en France, nous avons besoin de visibilité et de stabilité… 
 
=> Je souhaite aussi que l’on encourage les financements complémentaires en partenariat public/privé, qui répondent aux besoins grandissants dus à la croissance de la population et assurent le rayonnement linguistique et culturel de la France à l'étranger. 
 
=> Je veillerai enfin à ce que l’on renforce l’attractivité du système éducatif français auprès des pays d’accueil. Cela permettrait par exemple d’explorer de manière plus ambitieuse dans certains pays la voie des frais de scolarité différenciée pour les élèves non français des établissements. De la même manière, les efforts de promotion fait au travers du Label France, créé en 2012 et qui a pour but de reconnaître des sections bilingues francophones dans des établissements étrangers doivent être poursuivis.
 
 

Alain Juppé

Il est normal qu’attachés à conserver leur lien culturel avec la France, les Français à l’étranger veuillent que leurs enfants suivent un enseignement français. C'est bien le moins.
Depuis le début des années 90, c’est l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) qui a la charge du secteur éducatif français à l’étranger. Le nombre des demandes d’inscription dans les établissements de l’AEFE a progressé de 50% en 20 ans. Les taux de réussite au bac témoignent du haut niveau de qualité et d’attractivité de cet enseignement. Hommage doit en être rendu au travail et à l’implication de toutes les catégories de personnels.
Néanmoins, le dispositif, aussi bien dans les structures centrales de l’AEFE que dans les établissements, a besoin de dynamisme pour moderniser son fonctionnement, élargir l’offre d’enseignement et alléger le poids de la scolarité dans le budget familial.
 
1. Moderniser le fonctionnement de l’AEFE et des établissements
 
Il est impératif de conserver l’AEFE sous la tutelle du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé des Français de l’étranger. Car, s’il obéit à nos règles, l’enseignement français a aussi une mission d’influence et d’accueil d’élèves étrangers. Or, comment promouvoir ce particularisme et transposer purement et simplement hors de France le dispositif français ?
La gouvernance de l’AEFE doit être réformée pour inscrire son action dans une stratégie dont la définition doit mieux  associer les familles, les entrepreneurs et les élus dans le cadre du contrat d’objectif et de moyen et du prochain triennal budgétaire 2018-2020. Localement la gouvernance des établissements, quel que soit leur statut, doit s’ouvrir à davantage de souplesse, d’initiative, d’autonomie de gestion, et au monde de l’entreprise. Le réseau en régie directe doit également évoluer et se redéployer dans les pays où les Français sont les plus démunis.
 
2. Elargir l’offre d’enseignement
 
Trop de jeunes Français sont encore privés de la possibilité d’accéder à un enseignement français. C’est pourquoi, en réponse à un vœu exprimé par les Français de l’étranger eux-mêmes, j’engagerai un effort soutenu dans trois directions :
- recourir à des modes de financements publics-privés innovants pour exécuter rapidement un programme d’investissements ambitieux visant à mettre aux normes, agrandir ou construire de nouveaux établissements ;
- assouplir les règles d’homologation ou de labellisation d’établissements étrangers afin de les inclure pleinement dans le dispositif d’enseignement français à l’étranger en ne se fondant que sur les seuls critères académiques liés aux compétences professionnelles de l’équipe pédagogique locale ;
-encourager la négociation de conventions bilatérales permettant de profiter de l’offre scolaire locale francophone ou bilingue.
 
3. Alléger le poids de la scolarité dans le budget familial
 
Sur la question de la prise en charge par l’Etat (PEC) de la totalité des frais de scolarité, épisodiquement mise en œuvre par le passé, j'ai indiqué pourquoi elle ne semble pas pouvoir être rétablie :
d’abord, parce qu’il faudrait, dans un souci de justice, l’instituer pour tous les niveaux, des classes primaires à la terminale, alors  que de façon assez arbitraire, la PEC ne concernait pas les classes primaires et le collège lorsqu’elle a été instaurée. En outre, près des 2/3 des enfants français ne sont pas scolarisés dans des établissements français. Cela créerait une rupture d’égalités entre ceux qui bénéficierait de la PEC et les autres ; 
ensuite, parce que l’amélioration du système d’attribution des bourses me paraît un meilleur instrument de justice sociale ;
Enfin, je perçois les risques de choc en retour  qu’un tel système peut engendrer. L’enseignement est gratuit sur le sol français mais les résidents sont assujettis à l’impôt sur le revenu. Souhaite-t-on étendre l’impôt sur le revenu au Français résidant à l’étranger ? Lier l’impôt à la nationalité ? Je ne le souhaite pas.
 
D’un autre côté, je mesure que l’effort financier demandé aux familles ne cesse de s’alourdir. Leur taux de  participation (40% il y a 25 ans, plus de 60% aujourd’hui) est préoccupante. Les bourses elles-mêmes sont en train de se déconnecter du cout réel de la scolarité  A Londres par exemple, leur montant est calculé à partir des frais de scolarité de l’établissement le plus aidé par l’Etat, donc le moins cher. Pour 80% des familles, ces bourses sont donc déconnectées de ce qu’elles doivent réellement acquitter.
C’est pourquoi, plutôt que de revenir à la gratuité pour les raisons que j'ai évoquées , je préfère travailler à une plus grande équité dans l’appréciation de l’éligibilité des familles aux bourses scolaires (seules 5% des familles qui bénéficiaient de la prise en charge ont bénéficié d’une bourse), en révisant les critères d’attribution, en veillant aux effets de seuil pervers (familles dont les revenus sont trop élevés pour prétendre à une bourse et qui ne bénéficient pas de l’aide d’entreprises aux expatriés) et en développant les contrôles.
 
De ce point de vue, le réalisme commande de faire confiance aux commissions de bourses locales, aux chefs de poste consulaire et aux élus de terrain pour jouer pleinement leur rôle.
 
 

Nathalie Kosciusko-Morizet

Sur la mise en place d'un projet éducatif global...
Je veux défendre notre système d’éducation à l’étranger. Les enfants et adolescents de parents expatriés doivent pouvoir profiter de la même éducation que s’ils avaient vécu sur le territoire national. L'éducation n'est pas un coût mais un investissement ! Pour cela, il faut commencer par arrêter de réformer annuellement l’enseignement du français à l’étranger. 
 
Sur la réponse aux besoins des communautés expatriées...
Défendre notre système d’éducation à l’étranger, c’est aussi adapter le modèle d’organisation et d’enseignement aux besoins actuels des communautés françaises. Cela passe par trois axes :
- assurer à chaque établissement, autour de sa direction, une autonomie et une responsabilité réelles ;
- améliorer la clarté des comptes et des financements, publics et privés, au niveau de chaque établissement
- accroître les responsabilités des parties prenantes, à commencer par les parents, qui sont actuellement quasiment absents des organes de décision.
 
Sur la part des parents dans le financement...
L’enseignement est souvent un lien important qu’ont les enfants et adolescents de parents expatriés avec la France. Il faut aussi respecter le choix des parents qui décident de ne pas mettre leurs enfants dans un établissement français. Cependant, concernant les parents qui le souhaitent, il faut qu’ils puissent le faire sans que les frais d’inscriptions soient un obstacle. C’est en ce sens que je propose l’assouplissement des critères de bourses.
 

Bruno Le Maire

Sur la mise en place d'un projet éducatif global...
​• Il faut un projet d'éducation pour l’ensemble des Français. Bien sûr, cela concerne aussi les Français de l’étranger.
 
Comme je le développe dans mon Contrat présidentiel, la priorité de l’école française à l‘étranger devrait être de scolariser tous les enfants qui le souhaitent dans des conditions satisfaisantes. Aujourd’hui, le réseau de l’enseignement du français à l’étranger remplit une double mission : l’enseignement au profit des 3 millions de Français vivant à l’étranger et l’influence de la France dans le monde, en accueillant des élèves étrangers.
 
Le réseau actuel a des atouts remarquables: la densité, la continuité du programme et la qualité des résultats. Mais il présente également des faiblesses : l'absence d'ouverture de certains établissements vers les pays d'accueil, la faible mobilité du corps enseignant qui affecte la qualité d’enseignement et surtout son coût. Or, le modèle économique de l’AEFE est à bout de souffle. Alors que la demande ne cesse d'augmenter, ses moyens baissent ! Le gouvernement actuel en est le premier responsable, mais ca n'est pas en faisant des promesses que personne ne pourra assumer que nous en sortirons.  Ce que je propose, c'est avant tout de développer les modèles locaux de scolarisation en langue française et de redéfinir le rôle et le modèle économique de l’AEFE, en augmentant encore la place tenue par l'enseignement privé et les partenaires privés.
 
Sur la réponse aux besoins des communautés expatriées...
​• Je veux remettre à plat l’ensemble du système en partant de l’objectif de permettre à tous les enfants de Français établis hors de France d’être scolarisés. Plusieurs pistes sont possibles, à décider au cas par cas. Rien ne serait pire qu'un modèle unique, centralisé, inadapté aux particularités locales.
 
Globalement, tout ce qui peut favoriser des partenariats publics-privés partout dans le monde et même soutenir les initiatives privées est bienvenu. On pourrait par exemple mieux articuler l'AEFE avec les établissements scolaires de droit local. Il faudra aussi renforcer les partenariats avec la Mission Laïque Française et avec les Fondations. Il serait aussi intéressant de promouvoir le CNED pour les pays où la modestie de la population française ne justifie pas la construction d’une école. Enfin, je veux plus de souplesse dans le recrutement des enseignants en local, en s'assurant du maintien d'un bon niveau de compétence.
 
Je souhaite associer étroitement les élus consulaires à ces décisions en mettant en place des Plans Ecole. Ils seraient supervisés par les élus consulaires afin de faire un bilan de l’offre d’enseignement français existante et d’ajuster au mieux l'offre avec la demande locale. Les plans écoles pourraient ainsi donner lieu à la création de nouveaux établissements, la conclusion de partenariats locaux, l’ouverture de classes bilingues, etc.
 
Sur la part des parents dans le financement...
• Le tout gratuit n’a jamais été et ne sera jamais une solution viable. Pour autant, le véritable matraquage dont les parents Français d'enfants scolarisés à l'étranger ont fait l'objet depuis 2012 est inacceptable.
 
Puisque mon objectif est la scolarisation des enfants Français, je veux développer le système de bourses. Les montants et le nombre de bénéficiaires ont été réduits sans explication, je souhaite en renforcer les moyens. De plus, les critères actuellement appliqués ne sont pas tous représentatifs de la réalité des besoins de ces familles françaises. Pour les financer, il y a plusieurs pistes parmi lesquelles la mise en place d'une tarification différenciée entre ressortissants UE et non UE pour l’accès aux établissements français à l’étranger.
 
S'agissant de la gestion des établissements, tout dépend évidemment du modèle (gestion directe AEFE ou non de l’établissement). Mais il est toujours intéressant d'inclure les parents, et de faire en sorte que les familles trouvent elles-mêmes des moyens de financer certaines prestations, de s’accorder sur les frais de cantine, transports, etc…en étant partie prenante de la gestion de l’école.
 
 

Nicolas Sarkozy

Il faut se rendre à l’évidence, le modèle des Etablissements Français à l’Etranger (EFE) est à bout de souffle, à la fois d’un point de vue économique mais aussi pédagogique.
 
Comme vous l’indiquez dans votre message, plus des deux tiers des enfants français résidant à l’étranger ne sont pas scolarisés dans un EFE. Et même si on considère qu’une part importante des familles choisissent de s’intégrer dans le système éducatif de leur pays d’accueil, les études et les témoignages montrent que des milliers de familles n’ont soit pas les moyens financiers de faire bénéficier à leurs enfants de l’enseignement français, soit sont trop éloignées, soit n’ont pas réussi à obtenir une place du fait de l’engorgement de certains établissements. 
 
Aujourd’hui, l’objectif que l’Etat s’est fixé de n’exclure aucun enfant des EFE n’est pas rempli, loin de là.
 
Le réseau des Etablissements Français à l’Etranger est un atout formidable, mais c’est un modèle trop centralisé avec l’AEFE pour opérateur principal qui traite à la fois des sujets pédagogiques et de gestion immobilière. Il est temps de créer le Rectorat des Français de l’Etranger qui dépendra du Ministère de l’Education Nationale. Il élaborera le cahier des charges puis délèguera la gestion opérationnelle des établissements à l’AEFE, la MLF ou à des structures de droit privé en fonction des zones et des contraintes locales.
 
Le « projet éducatif global » que vous appelez de vos vœux ne peut pas être diffèrent de celui de la France. Lorsqu’on met son enfant dans un établissement français, on s’attend à ce qu’il suive le programme de l’Education Nationale française et ce, partout dans le monde. C’est ce qui fait la force du réseau.  Et les locaux qui ont fait le choix d’un établissement français pour leurs enfants ne comprendraient pas qu’il en soit autrement. Pour rappel, ces enfants représentent deux tiers des effectifs. 
 
Il faut certes s’adapter aux besoins des communautés françaises. Et je souhaite, en France comme à l’étranger, donner plus d’autonomie aux chefs d’établissement avec par exemple, plus de flexibilité sur les volumes horaires en langue étrangère, et un rythme scolaire en phase avec la réalité locale. Mais il ne me paraît pas souhaitable d’avoir des écarts trop importants dans le contenu de l’enseignement.
 
Sur la part des parents dans le financement...
Toutes les familles françaises qui scolarisent leurs enfants dans un établissement public français doivent être traitées de la même façon que ce soit en France ou à l’étranger. Comme l’indique clairement notre Constitution, l’enseignement dans les établissements publics est gratuit. Nous devons donc appliquer cette règle sur l’ensemble du réseau des EFE, sinon il y  a une rupture d’égalité. 
 
Aujourd’hui, les familles supportent 70% des frais de scolarité. Et ce n’est pas le moindre des paradoxes que le gouvernement socialiste de François Hollande ait supprimé la gratuité de la PEC au Lycée alors que nous l’avions instaurée entre 2007 et 2012.
 
Je propose de remettre en place la gratuité, mais cette fois en l’étendant sur l’ensemble des cycles Primaire, Collège et Lycée. Nous commencerons par le CP, la 6eme et la Terminale, et l’étendrons à l’ensemble des classes sur 4 années à raison de 3 niveaux par an. Ainsi, avant la fin du quinquennat toutes les familles bénéficieront de la gratuité dans les EFE.
 
De plus, je veux que nous réformions le système des bourses. Les critères appliqués aujourd’hui sont souvent trop éloignés de la réalité des situations des familles, et ne prennent pas en compte les contraintes ou l’évolution économique des pays de résidence. Le système actuel trop restrictif. Couplé à la forte hausse des frais de scolarité, il exclut des milliers de familles qui ne peuvent plus inscrire leurs enfants dans un EFE alors qu’elles le souhaiteraient.
 
 
 
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