Interview exclusive de Gérard Larcher, président du Sénat, invité d'honneur de la dernière Assemblée Générale de l'UFE.

Vous avez été élu Président du Sénat en octobre dernier. Vous serait-il possible de vous présenter à nos lecteurs ?

Gérard Larcher : Mon parcours a commencé avec l’exercice du métier de vétérinaire. Métier passionnant qui m’a beaucoup apporté car être vétérinaire c’est avant tout une écoute et une attention particulières à celles et ceux qui vous entourent, une grande observation de leur environnement et une profonde volonté d’aider son prochain. Quant à ce qui est de la vie publique, c’est un peu héréditaire. Mon père a été maire d’une commune dans l’Orne et il m’a appris beaucoup : le sens du travail, l’honnêteté, la fidélité. Il m’a transmis tout simplement son amour pour la France et pour ses valeurs. Je me suis engagé très jeune dans les jeunesses gaullistes. J’ai poursuivi mon parcours de militant. J’adorais ça : le rythme des campagnes, les tractages notamment nocturnes ...

Elu maire de Rambouillet en 1983, c’était le début des années Mitterrand, la bataille des idées était virulente… Trois ans plus tard, me voilà benjamin du Sénat. Un grand bonheur de faire connaissance avec cette Maison. J’y ai eu des activités passionnantes notamment en tant que vice-président (de 1997 à 2001) puis comme président de la Commission des Affaires économiques (de 2001 à 2004), un des souvenirs les plus denses de ma vie politique.

Une parenthèse de 3 ans en tant que ministre délégué du Travail, le passage du côté de l’exécutif, la construction d’un vrai dialogue social, une nécessité pour notre pays. Aujourd’hui, président du Sénat, mais avant tout sénateur parmi les sénateurs, je vais m’engager tout entier pour mieux faire connaître le Sénat à nos concitoyens !

Dans quel état d’esprit arrivez-vous à la tête du Sénat qui renvoie souvent l’image d’une institution figée ?

G.L. : Avec la volonté de donner un “nouveau cap” au Sénat ! En tant que président du Sénat, j’entends avant tout être le président des 343 sénateurs, à l’écoute des Françaises, des Français et des élus du territoire. En effet, je pense que mon élection est un don de confiance. La présidence du Sénat est un temps de ma vie au service de la Haute Assemblée. Au regard du contexte économique et social que nous traversons, il me paraît essentiel de nous recentrer sur notre “cœur de métier” en donnant priorité à l’action politique.

Quelles sont vos ambitions pour le Sénat qui a renforcé ses pouvoirs lors de la révision de la Constitution ?

G.L. : La réforme constitutionnelle de juillet dernier, voulu par le président de la République, ouvre au Parlement, notamment au Sénat, des opportunités pour affirmer ses pouvoirs afin de mieux servir la nation. Des pouvoirs pour mieux légiférer, pour mieux évaluer, pour mieux contrôler, mais aussi pour mieux anticiper. C’est dans cet esprit que se réunit régulièrement le groupe de travail concernant la réforme du règlement du Sénat et de la mise en œuvre de la réforme constitutionnelle. Ses conclusions seront rendues publiques d’ici quelques semaines.

Lors de votre discours prononcé au Sénat le 14 octobre, juste après votre élection, vous avez déclaré : Avec vous, je ne veux plus que, dans trois ans, il soit possible de se poser la question “à quoi sert le Sénat ?” Qu’entendez-vous par là ?

G.L. : “A quoi sert le Sénat ?”, “Est-il vraiment utile ?”. Ces questions, tous les sénateurs y ont été confrontés dans leur département ou lors des visites du Palais du Luxembourg. Moi-même, depuis ma première élection en 1986, j’ai eu l’occasion d’entendre ces interrogations qui témoignent à la fois d’une connaissance insuffisante du rôle du Sénat, d’une incompréhension face au mode d’élection de ses membres et surtout d’une mauvaise visibilité de son action. Le président du Sénat que je suis n’acceptera pas de voir le Sénat caricaturé. La rénovation que je veux entreprendre devra se concrétiser par des apports plus directs du Sénat à la vie de nos compatriotes. Je souhaite que l’activité des Sénateurs soit mieux reconnue par les médias et mieux comprise par tous les Français. Pour en finir avec les procès en légitimité, j’ai choisi d’axer ma présidence sur le renouveau que le Sénat doit engager à travers les femmes et les hommes qui le composent. En intitulant mon projet “Un nouveau cap pour le Sénat”, j’ai voulu démontrer qu’il était possible, tout en respectant nos valeurs et nos principes, de donner un souffle nouveau à une institution porteuse d’une véritable culture d’avenir.

Pourquoi avoir décidé de réaliser des économies concernant le fonctionnement du Sénat ?

G.L. : Les décisions de l’ensemble du bureau du Sénat s’inscrit avant tout dans une volonté de plus grande transparence. C’est normal, nous devons des comptes aux citoyens et ils doivent savoir comment nous fonctionnons dans le cadre de la nouvelle gouvernance que nous mettons en place. C’est pourquoi, le Sénat s’est engagé à ne pas augmenter son budget sur les trois prochaines années, à rénover sa politique immobilière en transformant 34 appartements en bureaux, à mettre en adéquation ses moyens et les missions que remplissent les sénateurs. Les mesures d’économie et de transparence s’imposent à nous dans le contexte que traverse la France. C’est aussi à mon sens une nécessité pour la démocratie parlementaire.

Quelles sont vos relations avec les sénateurs qui représentent les Français de l’étranger ?

G.L. : J’entretiens d’excellentes relations avec mes 12 collègues qui représentent les Français de l’étranger. C’est leur seul mandat électif, et ce sont des sénateurs qui s’impliquent pleinement dans les travaux du Sénat. Ils jouent un rôle particulièrement actif, en séance publique et dans les Commissions dont ils sont membres, sur des thèmes qui ne se limitent pas aux seuls sujets concernant directement les Français de l’étranger. Ce sont des sénateurs très présents, actifs et compétents, auteurs de nombreux rapports législatifs et d’information, de propositions de lois. Et bien sûr, ce sont des sénateurs qui, pour le bon exercice de leur mandat, se déplacent dans beaucoup de pays pour rencontrer les citoyens qu’ils représentent. Ils en retirent une grande ouverture sur le monde.

Avec la création des Députés des Français de l’étranger, ne craignez vous pas un affaiblissement du rôle des sénateurs des Français de l’étranger ?

G.L. : Non, au contraire. Le fait qu’il y ait des députés représentant les Français de l’étranger permettra de mieux faire entendre leur voix dans les deux assemblées du Parlement, cela facilitera le vote de certains textes de lois. C’est donc un renforcement et une amélioration de leur représentation parlementaire.
C’était d’ailleurs une demande constante des associations, dont la vôtre, que le président de la République a souhaité mettre en œuvre. La révision constitutionnelle adoptée en juillet 2008 prévoit que les Français établis hors de France seront représentés à l’Assemblée nationale et au Sénat : une dizaine de députés seront élus lors des élections législatives de 2012.

Les Français de l’étranger sont représentés au Sénat depuis 1946. Pendant plus de 60 ans, le Sénat a eu l’exclusivité de leur représentation parlementaire. Cette expérience est un atout, et la représentation de nos compatriotes de l’étranger restera un des axes forts de l’action du Sénat à l’international.

Quel regard portez-vous sur les Français de l’étranger ? Que peuvent-ils apporter à notre pays ? 

G.L. : Un regard amical et aussi admiratif ! Vivre à l’étranger, loin de chez soi, est un choix à la fois passionnant et courageux, car cela signifie s’ouvrir et s’adapter à une nouvelle culture, et parfois affronter des difficultés supplémentaires.
Nos expatriés sont une de nos forces, ils sont les acteurs au quotidien de notre rayonnement culturel et de notre compétitivité économique, un atout majeur de notre pays dans la mondialisation. Le Sénat le sait bien, lui qui assure leur représentation parlementaire !

Vous serez l’invité d’honneur de la prochaine Assemblée générale de l’UFE du 28 février. Que représente pour vous notre association ? Quel message entendez-vous délivrer à ses adhérents ?

G.L. : Les associations sont pour les élus des partenaires privilégiés, des interlocuteurs constants qui répercutent les préoccupations, les idées, les attentes de nos compatriotes résidant à l’étranger.
L’UFE est la plus ancienne, puisqu’elle a été créée en 1927. Une belle longévité ! Elle est aussi l’association majoritaire au sein de l’Assemblée des Français de l’étranger.

9 des 12 Sénateurs en sont membres. L’UFE est un lieu de rassemblement, où s’exprime une diversité d’opinion et de sensibilité. Je me sens proche de cette démarche, et proche des valeurs qui sont les vôtres. C’est pourquoi je suis très heureux de cette invitation qui m’a été faite d’être parmi vous lors de votre prochaine assemblée générale.
Je viendrai d’abord pour vous écouter, pour avoir avec vous un échange et un dialogue.

Je connais et je partage vos préoccupations : - que notre réseau d’éducation à l’étranger, le premier au monde, reste un réseau d’excellence, tout en étant accessible au plus grand nombre -. Que nos compatriotes travaillant à l’étranger, quel que soit leur statut professionnel, puissent disposer d’une couverture sociale, pour eux et leur famille. J’ai récemment reçu le conseil d’administration nouvellement élu de la Caisse des Français de l’étranger, présidé par le sénateur Cantegrit, et nous avons parlé de ce sujet.

Plus généralement, je sais que nos compatriotes installés à l’étranger veulent conserver un lien fort avec notre pays. La grande majorité d’entre eux, plus de 1,3 million, sont inscrits sur le registre des Français établis hors de France, afin de conserver ce lien, de participer aux échéances politiques de notre pays, d’élire leurs représentants à l’Assemblée des Français de l’étranger. Votre association permet de consolider ce lien, jour après jour. Ce lien, moi aussi je veux contribuer à le renforcer. Je viendrai dire à nos compatriotes d’au-delà de nos frontières que la France est fière d’eux !
 
Propos recueillis par Bruno Massonnet.

 

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